Dissimuler ses origines pour s’intégrer et tracer sa voie – deux témoignages et des recos de plateforme à impact
L'authenticité en question
Avec cette édition, je te propose de plonger à la rencontre de Farah et Hélène qui nous racontent comment leur origine sociale a forgé leur rapport à l’orientation.
La Ploufletter est un espace randomadaire pour les actif·ves et pros engagé·es à l’intersection entre le sens au travail, l’impact (socio-écologique) et l’inclusion. Athlète confirmé·e ou newbie en brassards, bienvenue 🎣
Tu verras, ici on évoque beaucoup le monde de la natation, alors voici quelques guidelines. La piscine, c’est le monde – du travail le plus souvent. La ligne de nage, c’est la voie que l’on choisit. Enfin, les nageur·ses, ce sont les personnes qui, comme toi et moi, sont en quête de sens. Si besoin, tu peux consulter ce lexique natatoire !
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Sur ce, bonne séance 🐋
🎣 au programme
Édit’eau.
Dissimuler son identité pour mieux s’intégrer – Conversation avec Farah et Hélène.
Trouver un job à impact – Quelques plateformes à parcourir.
Quelques ressources pour aller plus loin.
🐠 édit’eau
Temps de lecture : 3min
Attention, cette édition est longue – 33 minutes de lecture. Veille donc à avoir du temps devant toi si tu veux la lire d’une traite. Et clique ici pour la lire dans ton navigateur (le mail risque se couper avant la fin).
Coucou toi ! J’espère que tu profites des bourgeons totalement hors-saison sur le chemin de tes entraînements en cette dernière semaine bissextile (je n’écris jamais ce terme donc j’en profite).
Ici tout flotte. Ma première newsletter « externe » dont je te bassine depuis quelques temps est partie la semaine dernière sur les réseaux. Je vais pas te mentir, ça fait un petit quelque chose de voir son travail exposé devant une audience de 70 000 personnes. De quoi remettre en perspective mon émerveillement face à la croissance de ce club de nage – d’ailleurs, merci aux 50 nageur·ses qui nous ont rejoint depuis la dernière édition !
Le programme de la séance étant assez chargé, plongeons directement dans le sujet du jour.
J’ai beau avoir le crâne presque aussi lisse qu’un caillou poli par la mer, un de mes sujets de prédilection, c’est les cheveux. Hear me out.
En tant que personne adoptée, j’ai toujours eu peu de caractéristiques physiques communes avec mon entourage proche ou, à l’école, avec mes co-swimmers. Et malgré le fait que j’ai eu un poupon de ma carnation plus jeune, moi et ma chevelure, on se sentait souvent seules dès que ça parlait coiffure au club de natation.
N’ayant aucune idée des coiffures auxquelles je pouvais aspirer ou non, je me suis beaucoup cherchée1 capillairement parlant 👇🏾
🏊🏾♀️ Les couettes, chignons et queues de cheval étaient mes meilleur·es ami·es pour « dompter ma tignasse »,
🏊🏾♀️ Au lycée, j’ai expérimenté le lissage et les tresses. (Pour l’une comme pour l’autre, l’alopécie qui s’en est suivie m’a vite vaccinée.)
🏊🏾♀️ Enfin, comme la plupart des salons de coiffure ne savaient pas gérer ma texture entre deux brosses, j’ai sombré dans un désert de frustration… jusqu’à ce que je découvre le mouvement naturel sur les rés’eaux.
Persuadée d’avoir été seule à avoir galér…mis du temps à construire un rapport apaisé avec mes cheveux, j’ai finalement découvert que nous étions légion en échangeant avec d’autres swimmers concerné·es.
« Ce n’est que maintenant que je découvre ma vraie nature de cheveux, il m’a fallu 25 ans pour les accepter » m'a sorti un·e pote en bord de bassin. (Pote que j’avais toujours connu les cheveux défrisés avant qu’elle ne saute le pas du naturel en 2019.)
« On ne m’a jamais appris à prendre soin de mes cheveux. J’ai l’impression de tout apprendre aujourd’hui » m’a quant à lui confié un nageur en plein processus de (re)pousse.
C’est cette conversation exacte conversation capillaire qui m’a amené à connecter d’abord avec Hélène, puis avec Farah.
Indirectement, c’est elle qui a lancé l’idée d’enregistrer la conversation que tu vas lire – ou écouter – sur la manière dont nos origines sociales peuvent avoir un impact sur notre développement personnel.
Fasten your bouée, we’re about to take off 🏊🏾♀️
See you en fin d’édition.
Apolline 🐋
🦑 dissimuler son identité pour mieux s’intégrer – conversation avec farah et hélène
Temps de lecture : 27min – tu peux aussi écouter la conversation non-coupée ici
Merci à toutes les deux de vous joindre à moi ! Avant de commencer, je voulais vous poser la question que je pose à tout le monde avant de se lancer.
Quand vous étiez plus jeune, vous vouliez faire quoi ou vous vouliez devenir qui?
Farah – Moi quand j'étais plus jeune, j'avais pas d'idée de métier précis. Pour moi le métier ça a toujours été un concept assez abstrait, pour être tout à fait honnête. J’avais quand même en tête d'avoir un métier en lien avec la parole.
Les métiers autour de l'enseignement, du journalisme m'ont toujours intéressée. Pour l'enseignement, je suis vite revenue sur ma position, parce que je suis d'assez introvertie et l'enseignement, ça nécessite d'être en prestation de manière constante, et c'est très énergivore. Pour le journalisme, j'en ai un peu fait de manière bénévole et j'ai eu quelques freins par la suite qui ont fait que je suis également revenue sur ce choix.
Et aujourd'hui, est-ce que tu peux nous dire ce que tu fais ? Est-ce que tu as continué dans cette lignée?
Farah : J’ai fait des études de droit et aujourd'hui j'ai créé un cabinet de conseil en prévention de la corruption. C'est un sujet qui me passionne ; donc je fais du conseil, de la formation et de la communication autour de ça.
Merci. Et toi Hélène, que voulais-tu faire ou qui voulais-tu devenir lorsque tu étais plus jeune?
Hélène : Alors quand j'étais plus jeune, j'aurais adoré être maîtresse d'école. Et aussi coiffeuse. Je voulais combiner les deux. Et puis un peu plus tard, au travers de lecture, notamment de bande dessinées, je suis tombée en amour d'une jeune femme – enfin en tout cas dans cette BD. Je l'ai trouvé absolument rayonnante, géniale. Et j'ai eu envie d'être ingénieure en électronique.
Rien à voir avec aujourd'hui donc ?
Hélène : Rien à voir. Aujourd'hui, je suis slasheuse et je combine plusieurs activités qui ne sont pas si éloignées de mes rêves d'enfant finalement. Je travaille sur des sujets autour des ressources humaines – de la marque employeur plus spécifiquement.
À côté je travaille aussi en tant que formatrice pour une association qui s'appelle Enactus, je facilite aussi des ateliers auprès d’étudiants dans des écoles de communication. Et pour l'aspect créativité et manuel, je crochète et je tricote à titre amateur cette fois.
Ok, merci beaucoup ! Et pour revenir au sujet du jour donc qui sont les inégalités ethniques et raciales plus spécifiquement dans l'orientation et dans le monde du travail, je voulais vous poser une question un peu inspirée de la question d'ouverture du podcast que vous connaissez peut-être : Kiffe Ta Race. Les hosts demandent toujours aux personnes qu'elles invitent comment elles se perçoivent.
Et, aujourd'hui, les personnes qui nous écoutent ne savent peut-être pas à quoi on ressemble. Donc, vous vous identifiez comment?
Hélène : J'aurais eu envie de dire que je suis une jeune femme. Mais pas du tout, en fait [rires]. Donc : j'ai 45 ans. Je suis une femme. Plutôt grande.
Et, comme je n’aime pas les mots « racisée, issue des minorités visibles » et autres, je dirais que suis Hélène … je ne sais pas si le reste est vraiment intéressant.
J'ai 45 ans, j'ai deux enfants, je suis bien dans ma vie et dans ma peau et je fais plein de choses et je suis très heureuse. Après on est très vite embarqués dans des cases, et j'ai pas envie de l'être.
[…] Il se trouve que je suis différente mais au même titre que les autres le sont également.
Farah : Je vais opter pour une présentation plus traditionnelle, pas forcément pour entrer dans des cases, mais j’aime beaucoup cette question.
Moi je suis une femme de 27 ans cisgenre, d'origine maghrébine – algérienne de mes deux parents nés en France. Je suis valide, je vis en grande métropole – à Paris – et j'ai toujours grandi dans un milieu plutôt urbain – en banlieue parisienne.
J'appartiens à une catégorie sociale plutôt éduquée et je suis féministe. Tous ces éléments me semblent importants à souligner pour situer nos propos, surtout vu le sujet abordé.
Merci. Et pour pousser un peu cette question plus loin, on avait beaucoup parlé dans les différents échanges qu'on a pu avoir avant l'enregistrement autour de nos origines respectives.
Je me demandais donc : à quel moment vous vous êtes rendu compte que votre origine sociale ou ethnique pouvait être un frein dans votre vie ? Enfin, s’il y a eu un moment où on vous l'a fait comprendre bien sûr.
Hélène : C’est une vraie question. Moi je ne me rendais pas compte, mais très tôt j'ai été plongée dans le bain. Quand j'étais en primaire, mon père m'a très vite dit : « Tu n'es pas blonde aux yeux bleus, il faudra que tu travailles deux fois plus que les autres pour réussir ».
J'ai porté dans mon sac cette petite phrase pendant un long moment. Elle ne m'appartient pas, pour autant je pense qu'elle m'a façonné quelque part et a fait celle que je suis aujourd'hui. Donc j'ai compris que j'étais différente à ce moment-là parce qu'il l'a souligné. Mais c'était son stress, son angoisse, pas le mien.
J'ai compris et j’ai grandi en étant consciente qu'il allait se passer des choses mais je ne savais pas encore quoi. Après je me suis aperçue que j'étais différente par le biais de mes cheveux en fait quand j'étais à l'école.
J’ai vite senti que c'était quelque chose qui questionnait.
Moi c'était pas un sujet. En tout cas ça ne m'a pas empêché d'avancer à ce moment là. Et puis c'est revenu au moment où je me suis mise à chercher un stage, je dirais quand j'étais toute jeune adulte, enfin jeune diplômée, où je ne voyais pas de gens qui me ressemblaient.
Je me suis dit : mais où sont ces gens en fait ? Est-ce qu'ils ont disparu de la circulation ? Est-ce qu'on n'a pas envie de les montrer ?
Il n'y a pas d'incarnant, donc je ne me retrouve pas. Il n'y a pas de semblable.
À ce moment c’est très compliqué pour moi. Je ne sais pas trop où aller, si j'ai le droit d'y aller, je ne sais pas si c'est envisageable ou pas, s'il y a une forme de censure.
C'était assez compliqué et ça se traduisait sur les sites internet, les sites de recrutement, les publicités, etc. Et donc là, je me suis dit, y’a quelque chose qui fait que je ne suis sans doute, probablement, je ne suis pas comme les autres, ou en tout cas comme la plupart des gens.
En fait, ça m'est revenu par l'extérieur.
Moi, quand je me regarde, je ne me vois pas différente. En tout cas, je me vois comme je suis, mais je ne me dis pas : « Tiens, t'es noire ou t'es métisse ou je ne sais pas quoi. » En fait, c'est un non-sujet pour moi. Ça ne m'intéresse pas. Donc je ne le vois pas. Si on ne met pas le sujet sous les yeux, voilà.
Ce sont les autres qui m'ont mis ce sujet-là, qui l'ont mis en avant. Et puis j'ai quelques aventures rocambolesques du quotidien. Par exemple, je suis adolescente, dans les transports en commun, avec ma maman qui est blanche de peau.
Je me fais contrôler. Elle pas du tout. On est toutes les deux à côté et on va nous répliquer que c'est un contrôle aléatoire. Ma ma mère est à côté donc il n'y a pas de raison pour que je me fasse contrôler.
Autre exemple. Je sors du train de retour d'un séminaire en Belgique, j'ai mon sac, je suis fatiguée, je sors et je me fais arrêter par la douane volante. J'ai pas de raison de me faire arrêter par la douane volante. Et là, on va aussi me dire : c'est un contrôle aléatoire. Ok…
Oui, ça fait beaucoup d'aléatoires... Farah je te vois qui hoche la tête. Est-ce que toi aussi, c'est venu de l'extérieur comme disait Hélène ?
Farah : La question des cheveux, c'est assez intéressant parce que j'ai un rapport assez similaire. Moi, je vais distinguer l'ethnique et le social. Moi, d'un point de vue ethnique, la première fois où j'ai ressenti en tout cas une forme de discrimination, c'est plutôt de l'intérieur via des mécanismes de protection.
Je vais faire de l'audio-description mais j'ai les cheveux bouclés.
Toute mon enfance et adolescence, mes parents et ma famille m'ont fait comprendre qu'il fallait se lisser les cheveux parce que c'était plus présentable et c'est comme ça qu'on se présentait à la société de manière convenable, qu’avoir les cheveux bouclés, c'était à se négliger et ne pas se conformer à ce qu'on attendait de nous en société.
Et donc ça c'est quelque chose que j'ai intériorisé pendant très longtemps et j'arrêtais de me lisser les cheveux pour des raisons totalement... d'opportunité de prépa où on n'a pas le temps de se lisser les cheveux parce qu'on préfère dormir que de se lisser les cheveux. Très clairement.
Et donc ça a été un premier critère de discrimination mais par l'intérieur.
👋🏾 J’auto-interromps l’échange pour te dire que si le sujet capillaire t’intéresse, voici quelques ressources dans lesquelles t’immerger 👇🏾
👉🏾 Le compte de Kenza qui parle avec humour de ces questions de préjugés capillaires et des discriminations qui les accompagnent. Comme avec ce post « Nos cheveux sont professionnels ».
👉🏾 Le court-métrage Good Hair qui raconte l’histoire d’une jeune fille confrontée à la « dressing policy » discriminante de son école avec une mère aux prises de sa propre expérience. Très chouette (et un tantinet déprimant though).
👉🏾 Le podcast My hair power hosté par Kelly Massol dont un épisode avec Kenza dont je te parlais à l’instant.
Et voilà ! Je te laisse te replonger dans l’échange où Farah nous partage à présent comment elle a ressenti cette différence hors du cercle familial 👇🏾
Farah – Pour l'extérieur le fait le plus marquant dont je pourrais te parler, c'est au lycée.
J'avais de très très bonne notes, ça se passait très bien. J'étais en région parisienne, enfin, en banlieue parisienne, mais je n'étais pas dans une zone sociale très compliquée. C'était plutôt pavillonnaire.
Pour autant, au moment de faire les vœux pour Parcoursup – enfin, sur APB, son ancêtre –, je fais mes vœux et on me recommande une prépa parce que j'avais les notes et le profil pour. Je remplis les vœux assez innocemment en mettant des prépas en droit, économie et gestion, puisque c'est ce que je voulais faire. Et donc forcément je mets une prépa parisienne en premier voeu. Et là je présente mes voeux à mon professeur principal qui me dit :
« C'est très bien ! Par contre tu vas devoir backer ton premier parce que ce n’est pas sûr que tu l'aies comme tu viens d'un lycée du 93. Il vaudrait mieux que tu mettes en deuxième, troisième, etc. des facs et prépas de secteur. »
Bon, ironie, j'ai eu mon premier voeu, mais c'est sûr que ça a été un signal, en tout cas de barrière qu'on pouvait se mettre via nos origines sociales supputées… En tout cas par rapport au lycée d'appartenance.
C'est marrant, enfin non pas du tout, mais lundi j'en discutais avec des amies qui venaient aussi du 93 et elles m'expliquaient que pour APB et pour tous ces dossiers et ces CV, elle mettait l'adresse de sa tante qui habitait dans 92 et non pas dans 93 pour augmenter en fait ses chances tout simplement de déjà passer un certain screening.
Farah : Et c'est assez véridique, parce que moi dans la classe prépa dans laquelle où j'étais – au lycée Turgot à Paris dans le troisième arrondissement, dans le marais –, il est vrai qu'il y avait très peu de personnes qui venaient de banlieue. Et encore moins du 93.
Il y avait quand même une certaine proportion de boursiers. Je crois que c'était de l'ordre de 6 ou 7, 8 %. C'est déjà ça, mais c'est sûr que c'était pas en surreprésentation et qu'il y avait également certains professeurs qui pouvaient avoir des poncifs sur d'où on venait et qui pensaient que nécessairement venir du 93 était de vivre dans un HLM avec 10 frères et sœurs. Alors que, ce n'est pas nécessairement le cas… et c'est ce qui est véhiculé par les médias – donc on ne peut pas totalement leur en vouloir.
Pour autant ce sont des stéréotypes qui n'aident pas à aller au-delà des barrières de l'orientation.
Hélène : Complètement. Moi j'ai vécu une expérience similaire, banlieue parisienne aussi, pas la même. Mais déjà à l'époque, alors qu'on a un certain nombre d'années d'écart, je vivais la même chose.
À l'époque, je me disais : comment je peux faire pour retirer mon adresse postale, faire en sorte que je vienne d'ailleurs ?
Et, l'autre sujet, c'était de ne surtout pas mettre ma photo. Je savais que ça me desservirait.
J’ai un prénom on ne plus classique et mon nom de famille n'est pas forcément évocateur, mais pour moi, mettre ma photo, c'était vraiment me tirer une balle dans le pied. Alors, tant qu'elle n'était pas demandé et que c'était pas une action obligatoire, j'ai refusé de la mettre pour mettre toutes les chances de de mon côté.
Et sur l'aspect cheveux texturés…
Moi j'ai les cheveux extrêmement frisés, et de l'interne, mon père m'a toujours dit : « Pourquoi tu touches à tes cheveux ? Pourquoi tu les défrises? Pourquoi tu les laisses lisses ? »
Je lui expliquais gentiment que ce n'était pas une question de renier ses racines ou autre – parce que ça lui faisait beaucoup de peine. Mais c'était simplement pour m'intégrer dans une société qui voulait que, en tout cas moi dans ma croyance, qu'on soit non pas forcément blonde aux yeux bleus mais a minima qu'on ait des cheveux lisses. Et ce n'était pas par praticité, c'était juste pour être comme tout le monde.
Farah : Oui c'est ça.
Et c'est vrai que dans la préparation de l'entretien Farah on en avait beaucoup échangé sur l’importance de l'apparence dans ta famille, est-ce que tu peux nous en toucher un mot ?
Farah : Oui, je pense – enfin avec un peu de recul – que j'ai eu des parents qui ont fait en sorte qu'on ait certains codes, parce que eux aussi ont observé, bien que n'étant pas dans des milieux d'influence ou de pouvoir ou même de milieu classique de bureau, qui nous ont en fait transmis une partie de leurs inquiétudes sur l'apparence qu'il fallait avoir pour s'intégrer.
J’aime pas vraiment ce terme « s'intégrer » parce qu'on était totalement intégrés, mais en tout cas pour se fondre dans la masse.
C'est plutôt ça qui fait que moi dès la plus tendre enfance.
J'ai une mère qui m'expliquait que c'était important d'être très soignée, d'avoir de beaux ongles, d'avoir une belle tenue. Après, au fur et à mesure de l'adolescence, ça a été un peu de maquillage. Et, cette forme de coquetterie, c’était aussi effacer certains stigmates sociaux et laisser transparaitre la meilleure image de soi.
Parce que, finalement, c'est toujours la première impression de soi qui fera la différence. Il peut y avoir la manière de s'exprimer, mais il y a aussi la manière de se vêtir, de se comporter, sa posture. Et ça mes parents ont beaucoup fait attention à ça parce qu'ils ont observé dans leur entourage ce qui fonctionnait, ce qui fonctionnait un peu moins bien et qui voulait je pense nous retirer un frein qui était possible d'actionner.
Il y a d'autres freins du capital social / capital économique sur lequel on ne peut pas nécessairement avoir de prise. Mais en tout cas, l'apparence est quelque chose sur lequel on peut avoir une influence.
Hélène : Complètement. Moi je pense que ça a été un sujet jusqu'à ce que j'ai des enfants. J'y ai prêté une attention particulière parce que je savais à quel point c'était important.
Et puis à un moment je me suis affranchie de ça en me disant, je suis comme je suis. Il se trouve que j'aime porter des baskets. Alors je prends soin de moi, ce n'est pas le sujet, mais j’ai pas forcément la tenue qui qui est attendue de ma fonction, de mon rôle dans l'entreprise.
Je pense que la posture doit aller à peu près. Mais en revanche, pour moi, c'est important d'être alignée, que je sois alignée entre ce que je dégage, entre guillemets, ma façon de m'habiller, qui est vraiment la mienne. Ce sont des vêtements dans lesquels je me sens bien. Il se trouve que par ailleurs, ce sont ceux que je crée aussi aujourd'hui. Donc c'est important pour moi de les valoriser aussi comme ça.
J'ai préféré opter pour l'utile et l'agréable plutôt que les codes vestimentaires, les codes sociaux, etc.
Et c'est vrai que, on parlait des cheveux, je vois à quel point ça génère des attitudes étonnantes. Le fait d'arriver coiffée comme je le suis aujourd'hui, c'est-à-dire les cheveux à peu près accrochés dans un élastique – mais je peux faire beaucoup mieux en termes de volume, etc. Ça génère systématiquement en temps de... « Elle n'est pas sérieuse. Elle est sans doute un peu fofolle. »
Alors que non, ce n'est pas le sujet. Mais je trouve qu'on accole beaucoup de choses à notre apparence physique.
Oui mais c'est super intéressant de se dire, je reprends ce que vous disiez sur les cheveux – bon moi je n'en ai pas aujourd'hui [rires] donc ce n’est plus un sujet non plus. Mais le fait que le neutre, professionnellement, ce soit des cheveux lisses, qu’il n’y ait pas un frisotti de travers, ça montre aussi certaines choses.
snack break - on💡
Je m’auto-interromps de nouveau pour filer le sujet et te partager une anecdote et quelques chiffres.
Le saviez-tu ? 👉🏾 On surnomme cette incapacité à porter ses cheveux au naturel, « discrimination capillaire ».
Dans une interview donnée à Ellen Degeneres en 2022, Michelle Obama elle-même confiait avoir attendu de quitter la Maison Blanche pour porter des tresses – et ainsi éviter de potentiels scandales qui auraient « détourné » l’agenda politique démocrate.
« “Let me keep my hair straight,” Obama recalled thinking. “Let’s get healthcare passed.” » Gloria Oladipo, The Guardian, 2022
En 2023, une étude menée par Dove x Linkedin sur la discrimination capillaire au travail mettait en exergue ceci :
🏊🏾♀️ Les cheveux des femmes afro-descendantes ont 2,5 fois plus de chance d’être considérés comme non-professionnels
🏊🏾♀️ 66% d’entre elles changent de coiffure avant un entretien d’embauche – en majorité pour se les lisser
🏊🏾♀️ 44% des femmes afro-descendantes de moins de 34 ans ont l’impression de devoir porter des cheveux lisses sur leur photo d’identité. Ceci fait d’ailleurs écho aux propos d’Hélène qui, avec l’âge et la progression de son statut social, nous racontait avoir progressivement pu se détacher de ces injonctions ressenties plus jeune.
Recueillis aux US, ces chiffres ont également servi à soutenir une proposition de loi déposée en France sur la discrimination capillaire à l’Assemblée Nationale fin 2023.
Revenons à nos poissons-moutons.
snack break - off 💡
J'avais une autre question, cette fois-ci, plus sur l'éducation. Parce que vous aviez parlé du fait que vous étiez toutes les deux de les banlieue parisienne, pas forcément la même, mais, dans quelle mesure vos parents vous ont aussi donné accès à un capital social qui vous permettait justement de continuer cette intégration dont on parlait tout à l'heure ?
Toi tu m'as parlé de patinage artistique avec Philippe Candeloro quand on s'était vues. Je sais bien que tu nous en dis plus. Et Farah aussi, tu m'avais beaucoup dit que tes parents avaient tout misé sur cette éducation.
Hélène : Complètement. Pour mes parents c’était vraiment un point hyper important. Eux n'avaient pas nécessairement eu la chance par ailleurs d'accéder à des activités et autres.
Quand j'étais petite j'ai fait du piano, j'ai fait de la musique de chambre, du tennis et du patinage artistique. Je côtoyais donc des sphères qui n'étaient pas forcément celles que je côtoyais au collège qui était un collège classé Zone d'Éducation Prioritaire à l’époque [NLDR : soit, Quartiers Prioritaires de la Ville aujourd’hui].
Je faisais le caméléon en permanence pour être acceptée partout, tout le temps.
C'était un exercice qui n'était pas forcément évident mais je crois que je me suis prise au jeu et c'est resté.
Et dans cette sphère là aussi, il n'y avait pas forcément d'incarnant, à l'époque.
Pour celles et ceux qui connaissent le patinage artistique, on avait Surya Bonaly qui était pour moi une forme de compétences absolues dans cette discipline ; mais qui a très vite été rejetée. Il y avait tout un série de choses un peu compliquées autour de cette athlète. Au tennis il n'y avait pas encore les sœurs Williams à l'époque. Donc pareil, c'était compliqué pour moi.
À chaque fois je me disais : « Je ne ressemble pas à ces gens-là, donc j'ai beau essayer de faire des activités, etc. Je ne vois pas de gens qui me ressemblent ».
Et au piano, n'en parlons pas [rires].
Oui, en plus je pense que le piano, il y a aussi une question d'âge.
Hélène : Peut-être. En tout cas, j'ai pas trouvé d'incarnant qui me ressemblait.
Farah : Alors moi, mes parents ont avant tout mes parents misé sur le matériel et la disponibilité.
Quand je parle de matériel, c'est que mes parents, dès qu'on a eu 5, 6, 7 ans, avec mes trois frères et soeurs,, ils se sont dit : on va acheter une maison avec trois chambres.
Comme ça, ils auront chacun leur espace pour travailler, pour s'isoler, avoir du temps pour soi, etc. Ils avaient conscience de l'importance que ça a dans la scolarité, de pouvoir avoir son espace, sans forcément eux avoir fait des études. Ils ont tout misé là-dessus et dès que j'ai eu 7-8 ans, ils ont acheté leur maison, et j'avais ma chambre.
Je sais que c'est assez exceptionnel, parce que j'avais beaucoup de camarades pour qui c’était pas le cas. Mes parents ont aussi beaucoup régulés nos loisirs comme typiquement …au niveau de l'ordinateur. C'était une heure chaque soir et il n'y avait pas de négociations possibles à ce sujet-là.
Enfin, on s’entraidait beaucoup dans la fratrie. Vu qu'on avait un an d'écart chacun, forcément, on était amenés à s’aider les uns les autres pour nos devoirs.
Après, mes parents surveillaient quand même ce qu'on faisait. Mais il y a un moment où, bon, il y a un décrochage qui se fait nécessairement à partir de la cinquième, quatrième, quand on commence à faire des maths un peu difficiles ou compliquées.
Mais avant tout, mes parents, c'était une question de suivi. Ils n’ont raté aucune réunion parents-prof. Vraiment, ils mettaient un point d'honneur à être tous les deux là, à venir, à poser des questions, à se renseigner. Ils posaient énormément de questions sur l’orientation.
Je sais qu’ils se sont beaucoup renseignés pour nous sur ces questions-là sans forcément comprendre. Mais ils ont vu l'éducation comme un préalable pour la suite, professionnelle ou pas d’ailleurs.
L’éducation, c’était surtout la voie pour avoir le choix.
Mes parents ne m'ont jamais guidée vers un métier en particulier. Ils m'ont juste dit qu'il faut étudier, quelles que soient les études, pour avoir le choix. Après tu feras ce que tu veux, des études, pas des études, un métier artistique ou pas. C'est tous les moyens qu'ils ont mis en oeuvre en tout cas pour faciliter leur orientation.
Mais dans le domaine sportif, j'ai testé plein de sports aussi qui appartiennent peut-être à des classes différentes de celle dont je suis issue : j’ai fait du tennis et du volley. Je n'ai pas été très régulière parce que les sports, ce n'est pas trop mon truc, mais c'est sûr que j'étais amenée à côtoyer des personnes assez différentes de moi. Ça a ouvert le champ de mes possibles.
C'est super intéressant ! Je file un peu ce qu'on disait, mais pour continuer cette intégration dans le monde du travail, puisque toi tu as une éducation sur le droit, il n'y a pas forcément beaucoup de concret. Après moi je n'ai pas du tout fait de droit, j'ai fait une école de commerce, donc je sais que c'est différent.
Est-ce que tu pourrais aussi m'en dire plus sur le mentorat et justement comment ce relai un peu parental a pu t'aider à progresser ensuite dans ta vie pro?
Farah : Le mentorat ça a eu une grande place dans ma vie. J’ai fait des études de droit et c'est un secteur qui est assez compétitif. En plus, j'ai choisi de faire des facs parisiennes – pour ne pas les citer la Sorbonne et la Assas – qui sont réputées comme étant des lieus où il y a beaucoup de compétition entre les élèves, où c'est assez difficile de s'intégrer et de créer des groupes.
Et j'ai eu un déclic entre ma L3 et mon M1. J'ai fait une année de césure à Londres. Je voulais me reposer – surtout des études –, et voir autre chose.
À Londres, j'ai vu un peu comment fonctionnaient les choses. Il y avait vraiment le côté où si tu parles pas aux personnes, les personnes ne viennent pas à toi. Et, au contraire, si tu viens leur parler, il y a des opportunités qui peuvent s'ouvrir.
On regarde beaucoup moins les questions de diplôme ou autres, on donne un peu plus sa chance.
Quand je suis revenue, je me suis dit : je vais faire des stages jusqu'à la fin, sans discontinuer, parce que je sais que c'est là où il faut que je sois pour me créer mes opportunités et gagner confiance en moi. J’ai fait un stage en cabinet d'avocat que j'ai trouvé assez par hasard via une amie de prépa qui avait fait son stage l'année d'avant et j'y ai beaucoup appris.
J'ai rencontré deux personnes qui sont toujours des personnes avec qui je suis en contact aujourd'hui, dont une qui joue vraiment le rôle de mentor à chaque étape de ma vie. Elle peut être en mesure de me conseiller, de me mettre en relation avec des personnes – rien que pour boire un café, discuter de ce qui est possible de faire, de ressentis par rapport à certains secteurs etc.
Et aujourd’hui je trouve que le mentorat, c’est des secteurs qui est le plus sous-exploité dans le cadre de l'orientation.
C'est quelque chose finalement qui a toujours existé, mais qui est souvent happé par des personnes qui sont dans des milieux d'influence ou en tout cas dans des milieux intellectuels plutôt élevés.
Pourtant, c'est par là qu'on arrive à construire des chaînes de solidarité et à acquérir tout ce qui va être codes. Comme : comment on rédige un mail, comment on se présente à un entretien, comment on peut écrire, je ne sais pas, sur LinkedIn à quelqu’un pour lui proposer de se rencontrer etc..
Ça, moi je ne savais pas que c'était possible avant de rencontrer mes mentors.
Ils m’ont dit : mais en fait prend le numéro de telle personne aller boire un café et moi ça m'a beaucoup surprise. Et c'est rigolo, parce que des années après j'ai réalisé que des personnes avec qui j'étais en classe prépa donc à 18-19 ans, eux faisaient ça depuis toujours.
Je vois ! Pour eux c’était presque un réflexe, toi tu as dû l’apprendre.
Farah : Et il y a plein de codes de rencontre de personnes dont le parcours nous intéresse ou nous inspire. Il faut apprendre à la doser aussi. Et ça, c'est pas quelque chose que j'ai appris dans mon milieu social d'origine.
Et pour toi, Hélène?
Je rejoins complètement ce que dit Farah.
C’est une clef pour pouvoir naviguer dans les eaux troubles, à la fois au moment de l'orientation mais après tout au long de son parcours professionnel. Il y a aujourd'hui tout un tas de structures qui œuvrent sur ce sujet.
Alors on appelle ça mentorat, parrainage, peu importe. Mais c'est intéressant de voir qu'il y a des structures qui se mobilisent justement pour des jeunes sans réseau, pour des jeunes issus de la diversité sociale, ethnique, culturelle, peu importe.
En tout cas, de se dire qu’à un moment quand on peut pas connecter quand c'est pas forcément évident, on met à disposition des professionnel·les de différentes entreprises partenaires qui peuvent accompagner, qui de parcours sup’, qui du petit mail qui va bien, qui de la connexion pour obtenir un stage etc.
Et effectivement, valider les codes.
Moi j'ai été marraine pendant trois années par le biais d'une association qui visait plutôt les jeunes femmes, et plutôt des jeunes femmes issues de Quartier Prioritaire de la Ville ou en zone rurale. Et j'ai vu à quel point c'était compliqué, puisque, encore une fois, j'ai un écart d’âge avec elles qui devient important.
J’ai quitté une banlieue parisienne qui a nécessairement évolué. Se replonger dedans et se redire à quel point on ne vit pas les mêmes choses, à quel point on ne vit pas la même vie, on peut faire preuve d'empathie, mais on ne vit pas la même vie. Donc ça reste quand même très particulier.
Et le fait de se poser 5 minutes et de se dire « ok je comprends mieux ton environnement, ta façon de travailler, tes problématiques, tes attentes, tes besoins, et je vais essayer d'accompagner là dedans » sur des choses hyper simples.
En fait de se dire, non effectivement on peut pas forcément venir à un premier entretien avec des baskets dépareillés ou des je sais pas, des ongles écaillés, ça ne se fait pas. C'est tout bête, mais aujourd'hui il ya plein de jeunes qui ne le savent pas nécessairement parce qu'on leur a pas dit. On leur a pas appris, ils n'ont pas connecté avec des personnes qui vont leur livrer ce type d'informations. Et je trouve que c'est hyper précieux quand on cherche à commencer sa vie professionnelle.
Et puis, au fil de l'eau c'est déterminant je pense pour se créer des opportunités pour rester alors « compétitif » ou pas, mais en tout cas, pour se donner des chances d'avancer et de faire bouger ses propres lignes.
Je trouve que c'est important d'être accompagné·e quel que soit le mode d'accompagnement. Et c'est vrai que, plus on va réussir à engager des professionnels au sein d'entreprise, de structures tierces etc., plus on arrivera sans doute à une société peut-être plus juste, parce qu'on laissera moins de gens sur le carreau.
Ok, super intéressant. En vous écoutant, je me pose une question qu'on n'a pas du tout préparée [rires], mais qui est la suivante. En cherchant justement à s'intégrer, à avoir les bons codes à chaque fois dans ce milieu professionnel, et en faisant une... Je sais pas si on peut parler de… en devenant une sorte de transfuge de classe, comment on arrive aussi à mieux se connaître et à s'affirmer ?
Parce qu'il y a un peu ce risque aussi de vouloir rentrer à tout prix dans un moule et de se perdre. Je ne sais pas si c'est des questions que vous êtes déjà posées. Mais comment avez-vous fait ?
Farah : Je vais prendre l'initiative de répondre. En réalité, moi je ne me considère pas comme transfuge, mais plutôt comme transclasse. En fait, il y a un débat entre les deux notions.
Je ne savais pas du tout. Pour moi, c'était la même chose ! Tu peux nous en dire plus ?
Farah : Alors, trans-classe, ça prend davantage en considération les migrations. C'est que finalement, le...la destination n'est jamais définitive.
On est amené à migrer entre notre milieu social d'origine, le milieu social dans lequel on arrive. Et d’ailleurs le milieu social dans lequel on arrive n'est pas nécessairement plus avantageux que celui de quel on vient.
D'un point de vue économique, par exemple, on peut totalement être freelance, mais avoir un capital culturel bien plus important que celui de ses parents et avoir des parents qui gagnent plus d'argent. En fait, c'est des questions de où on se situe par rapport à quelle valeur.
Finalement, être trans classe c'est être toujours dans ces migrations-là, toujours à aller d'un point A à un point B.
Il y a des personnes qui vont se considérer comme apatride de classe, parce que finalement on n'est jamais à sa place. Dans sa classe sociale d'origine, on va être considéré comme une personne qui a fait un chemin différent de celui de ses pairs et donc il va y avoir un décalage. Et dans celui dans lequel on arrive, on va être un imposteur parce que finalement on aura travesti certains codes qu’on aura appris par mimétisme, mais finalement on ne vient pas de ce milieu-là non plus et on le rappellera à la moindre occasion en cas de faux-pas.
À titre personnel, j'estime que c'est une richesse d'être trans-classe parce que ça permet de se mettre à chacune des positions et de comprendre le vécu des personnes. Je ne jugerais jamais quelqu'un qui manquerait de codes, parce que je sais que ce n'est pas évident de les acquérir et j’essaierais de faire preuve d'empathie.
Admettons que je sois recruteuse, si une personne vient à à un entretien d’embauche avec du vernis écaillé – pour filer l’exemple –, je me dirais que peut-être personne lui a dit que ça pouvait donner l'impression que c'était négligé, sans forcément me dire tout de suite que la personne soit elle-même négligée dans son travail.
Mais ça c'est des questions de codes sociaux, pareil pour les questions de rédaction de mails, les questions de comment on s'adresse à des personnes selon le secteur d'activité. Mais si on le sait pas et si on ne nous le dit pas, on ne peut pas l'acquérir.
C’est surtout ça pour moi, être trans-classe : avoir la capacité d'être fluide et agile dans sa vision des choses.
Super intéressant, merci beaucoup. Je vois que l'heure tourne, donc je vais vous poser une dernière question. Farah, je sais que toi tu t'investis beaucoup dans l'associatif aujourd'hui justement, dans cette logique de propulser l'égalité des chances.
Est-ce que tu pourrais nous dire un peu plus sur tes activités?
Farah : Oui, absolument l'associatif, ça a toujours été très important pour moi. Et donc avec Armand et Romain, on a créé une association qui s'appelle Tu Feras Quoi Plus Tard. C'est une association d'égalité des chances et qui a pour vocation de rendre davantage accessible l'orientation et la rendre plus inclusive.
Parce qu'aujourd'hui, l'orientation, c'est un mot qui fait peur, mais qui recouvre aussi pas mal d'inégalités, soit dans l'accès à l'orientation, l'information sur l'orientation, les asymétries d'information sur l'orientation selon le milieu social d'origine – qu'on soit de banlieue ou même de zone rurale, qu'on soit valide ou en situation de handicap.
C'est important de mettre en avant ces profils-là parce que finalement, dans la société, on met souvent en avant des personnes aux profils exceptionnels et parfois inatteignables avec lesquels on ne s'identifie pas nécessairement.
Et, pour nous, l’orientation ça passe par l'incarnation, la représentation et le fait de se reconnaître dans l'autre et de se dire que certaines trajectoires sont accessibles et qu'il suffit finalement d'avoir les bonnes informations et les bonnes cartes en main pour être libre et de s'orienter même de manière plurielle – puisqu'il y a plusieurs orientations, de dédramatiser le fait de se tromper aussi.
Merci. Et toi Hélène, je sais que toutes ces questions d'orientation arrivent à se trouver, bien se connaître. En fait, toutes les questions qu'on se pose au fur et à mesure de sa vie, t'importent beaucoup. Quels seraient peut-être des conseils ou des choses que tu aimerais faire passer avec toute la pluralité de tes activités ?
Hélène : Moi je dirais viser haut. Vraiment.
Se faire confiance, même quand les autres ne croient pas forcément en nous.
Essayer, toujours. Voilà, prendre l'initiative. Se tromper c'est pas grave dans les faits, mais vraiment se laisser l'opportunité d'essayer.
Connecter au maximum avec des ondes positives. Aller chercher la richesse de l'autre quel qu'il soit, vraiment et de se dire que l'autre, avec un grand A, peut être utile, mais alors au sens le plus noble possible dans son parcours, à tout moment. Et vraiment se connecter avec des gens qui ne nous ressemblent pas, qui nous font évoluer, réfléchir, se poser de nouvelles questions. Ça me semble important ne pas avoir peur.
Je crois qu’encore une fois, ça s'acquiert avec la maturité et dans cette dynamique de test and learn où on va essayer des choses, on va se tromper, on va réessayer, et puis on va reconnecter à quelqu'un d'autre, et ça va fonctionner, etc.
Et enfin : se dire qu'on a une place dans la société, quoi qu'il arrive.
Merci encore à vous pour cet échange, c’était super instructif ! J’espère que ça pourra résonner pour d’autres nageur·ses.
👋🏾 Le sujet de la représentation t’intéresse ? Je t’invite à te plonger dans l’édition de la Ploufletter sur Riz Ahmed autour de l’importance d’avoir des role models pour se construire, ou bien celle sur l’influence de l’héritage migratoire sur les parcours de nage avec les fondatrices de Bissai Media.
👀 so what ?
Une des choses que j’ai adoré avec cette discussion, c'est la différence de points de vue sur certains aspects de la construction identitaire d’Hélène et Farah – alors même qu’a priori leurs expériences se ressemblent. L’occasion de se rappeler que bien qu’il y ait des similitudes dans les chemins de nage – systémie oblige –, la manière dont on choisi de vivre ses différences nous est propre.
J’échangeai pas plus tard que cette semaine avec une nageuse qui me parlait de la place prégnante qu’a pris la quête identitaire dans son développement personnel. « Comme une obsession » me disait-elle, consciente que pour d’autres, ceci ne représentait pas un pré-requis pour construire leur parcours pro.
Enfin, cette discussion m’a confirmé l’importance de donner à voir différents role models est primordial pour sentir que son expérience est valide, tout comme se constituer un écosystème safe et porteur.
PS : si tu veux je parle belonging – en anglais – avec Louise Moulié sur son podcast Diversity Secrets. Crawle par ici pour te plonger dans la conversation 👀
🛟 tu cherches un job à impact ?
Temps de lecture : 2min30
Parfois, on a beau avoir envie de bifurquer, on ne sait pas où chercher. Alors, voici le lien vers quelques plateformes qui peuvent t’aider à trouver palme à ton pied si tu cherches un job à impact – social environnemental 👇🏾
🏊🏾♀️ Jobs that makesense – soit le Whalecome To The Jungle de l’impact.
La plateforme te permet de filtrer selon le type d’impact que tu privilégies : social ou environnemental – et c’est super pratique.
🏊🏾♀️ La section Emploi du réseau RESES – plutôt orientée étudiant·es et jeunes diplômé·es.
D’ailleurs si tu n’y trouves pas palme à ton pied, RESES te propose aussi un listing des plateformes pour trouver un job engagé ainsi que des articles pour t’aider dans ta recherche d’emploi : https://le-reses.org/blog/categorie/emploi/
🏊🏾♀️ Job Impact – un naming qui, je le reconnais, m’a un peu fait tiquer.
La plateforme se situe à la croisée entre le média de vulgarisation et le job board, plutôt utile pour nourrir sa curiosité en postulant : https://jobimpact.fr/
🏊🏾♀️ Les rés’eaux engagés.
Ok, je triche, ce n’est pas une plateforme de recrutement à proprement parler. En revanche, passer par des communautés peut être super utile pour t’aider à identifier les entreprises dans lesquelles tu souhaites t’investir.
Voici donc quelques rés’eaux dans lesquels piquer une tête 👇🏾
→ Les startups à impact du Mouvement Impact France sont répertoriées sur ce mapping : https://mapping-startups-impact.fr/
→ Les entreprises membres de la communauté B Corp sont listées ici : https://bcorporation.fr/la-communaute-b-corp/decouvrir-la-communaute-francaise-des-entreprises-b-corp/
→ Enfin, la liste des entreprises à mission est dispo par là: https://www.entreprisesamission.org/
⚠️ J'aimerais ne pas avoir à le noter mais attention au washing en tout genre. Entre communiquer sur ses valeurs et (vraiment) faire les choses, il y a parfois un océan...
🏊🏾♀️ Bonus : je te recommande le site Génération Télétravail si ton dream c’est de rejoindre un club de nage (aka une entreprise) à Paris tout en ayant le cadre de vie d’un·e surfeur·se au Pays Basque. Attention cependant, l’impact n’est pas un critère de choix des offres.
🛠 quelques ressources pour aller plus loin
Vu la longueur de l’édition du jour, j’ai fait court pour cette fois.
👉🏾 Le « mini » docu Arte Contrôler l’évolution qui explore de nouvelles solutions – tech – pour enrayer la catastrophe.
👉🏾 Cet article de Grist – un peu déprimant j’en conviens – sur les effets du réchauffement climatique sur le déclin de la qualité de l’air.
Ça t’a plu ? Fais passer le mot !
Envie de travailler ensemble ? Tu peux :
👉🏾 T’immerger dans mon media kit pour sponsoriser la Ploufletter et te rendre visible auprès des swimmers.
👉🏾 Plonger dans mes offres d’accompagnement et de co-création de contenu (pour les entreprises et solopreneur·ses à impact)
👉🏾 Cette édition a résonné avec ton expérience de nageur·se ? Envoie moi un email pour témoigner.
À très vite pour un nouveau plongeon 🐋
Apolline
Tu peux aussi me retrouver sur instagram : https://www.instagram.com/lapiscine_media/
Oui, le terme « paumée » est un leitmotiv chez moi.






