Empowerment par le langage, inclusion et bien-être au travail
Un récap, une rencontre et une question.
Dans cette édition je te partage quelques réflexions suite à une conférence avec Camille Aumont-Carnel à Lyon sur l’inclusion avant de t’emmener rencontrer Mathilde Mathieu, kiné du travail en croisade contre la sédentarité.
La Ploufletter est un espace randomadaire où l'on parle sens au travail avec un angle inclusif sur fond de sociologie et mauvais jeux de mots. Athlète confirmé·e ou newbie en brassards, bienvenue 🎣
Tu verras, ici on évoque beaucoup le monde de la natation, alors voici quelques guidelines. La piscine, c’est le monde – du travail le plus souvent. La ligne de nage, c’est la voie que l’on choisit. Enfin, les nageur·ses, ce sont les personnes qui, comme toi et moi, sont en quête de sens. Si besoin, tu peux consulter ce lexique natatoire !
Tu peux aussi
Plonger dans mon projet d’exploration sur la diversité comme levier d’engagement à destination des entreprises.
Réserver une séance de mentorat avec moi si tu souhaites créer un branding une prise de parole engagée.
T’abonner à la Ploufletter si on t’a transféré cette édition 👇🏾
Sur ce, bonne séance 🐋
🎣 au programme
Édit’eau.
3 leçons sur l’inclusivité par Camille Aumont Carnel – L’histoire d’une soirée random.
« Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise posture » - Entretien avec Mathilde Mathieu, Workiné.
Quelques ressources pour aller plus loin.
🐠 édit’eau
Coucou toi ! J’espère que tu gardes le cap malgré le froid et que tes séances de natation t’apportent autant de plaisir. Ici all good. J’ai – enfin – passé le cap du bonnet de bain et crois moi que quand on est chauve, ça change la vie.
Je suis trop contente de te retrouver pour cette édition hybride entre article et rencontre.
Mais avant de s’y plonger, si tu fais partie de celleux qui ont pris le temps de répondre au sondage de la semaine dernière, merci beaucoup ! Sinon, tkt, en voici un autre.
Depuis que je parle plus d’inclusivité par ici, quelques un·es d’entre vous ont commencé à me parler de militantisme. Avant de te donner mon avis, et ma vision dans une prochaine édition, je suis partie à la rencontre de plusieurs médias / personnes engagées pour avoir leur retour et je me demandais comment tu percevais ma ligne édit’eau pour étayer ma réflexion.
Voici donc le sondage du jour – et si tu as 5min à m’accorder, réponds à ce mail pour m’en dire plus sur le sujet, ça m’intéresse beaucoup.
Merci par avance, et maintenant place à la Ploufletter !
Fasten your bouée, we’re about to take off,
Apolline 🐋
🦑 3 leçons sur l’inclusivité par Camille Aumont Carnel – L’histoire d’une soirée random
Cette année je nage souvent aux côtés d’Alvina, la toque en cheffe derrière le média Culs-de-poule. Avant de se lancer dans ce secteur, Alvina a exploré plusieurs bassins, dont le suédois, le journalisme et la cuisine. C’est pendant son CAP cuisine qu’elle a croisé la route de Camille entre deux recettes, tablier sur les épaules et plat sur le feu1.
Alors, quand cette dernière est passée à Lyon pour la promo de son nouveau livre Les mots du Q au Female Gaze Book Club, et qu’Alvina a pris plusieurs places, j’ai suivi, curieuse d’en découvrir plus sur son travail.
👀 Le nom de Camille te dit quelque chose ?
Je t’en avais parlé il y a deux semaines au détour d’un épisode de GDIY.
Et si tu as besoin d’un résumé, Camille, c’est une meuf qui dort 4 heures par nuit, a écrit 3 livres et en a encore deux en préparation. Elle est notamment connue pour avoir lancé le compte Je m’en bats le clito, sa boule à zéro et son franc parler.
Pendant la rencontre, Camille a parlé de plein de choses passionnantes comme l’importance de « bien construire les enfants pour éviter de déconstruire les adultes ensuite », son rapport aux langues et à leur violence, ou l’influence de son éducation et modèle familial sur son développement personnel.
Perso, je voulais te partager ici trois citations qui m’ont marqué 👇🏾
1️⃣ « L’école c’est apprendre à entrer dans la norme »
Pendant les échanges avec le public, s’est posée la question de la construction de la confiance en soi, de sortie des lignes de nages les plus arpentées et d’affirmation personnelle. Pour Camille, c’est un mélange entre notre éducation, notre sociabilisation et toutes nos expériences – que l’on s’en souvienne ou non – qui forgent notre personnage.
Et dans ce processus, s’inscrit le système scolaire où l’on apprend, entre autres, à se conformer plutôt qu’à s’accepter.
2️⃣ « Maîtriser le langage, c’est élargir sa zone de pouvoir »
Pour introduire le sujet, Camille raconte le jour où elle a appris que « Le masculin l’emportait sur le féminin » sans comprendre pourquoi une partie de l’humanité apprenait qu’elle dominait l‘autre de manière arbitraire. De même, elle exprime sa frustration d’avoir eu accès à la définition du terme « pénis » et vu des dessins de verge fleurir sur toutes les portes des vestiaires de piscines municipale sans que l’équivalent existe pour le clito.
Alors dans son livre, Camille entend renverser la tendance en faisant un travail énorme sur le langage. Pour nommer, comprendre, inventer et repousser les limites de notre imaginaire – et ainsi reprendre le pouvoir sur nos corps.
Et son propos s’applique à tous les domaines : le langage forge notre conception du monde. Jouer avec celui-ci, c’est s’approprier de nouveaux espaces.
3️⃣ « L’inclusivité, c’est simplement respecter un peu plus les gens et faire en sorte que chacun·e se sente appartenir à un espace, une société ou une communauté »
La citation coule de source donc je ne m’y attarderai pas, mais j’ai trouvé cette définition très claire.
Si le sujet t’intéresse tu peux te plonger dans les portraits de Lily Singh ou Amanda Gorman qui utilisent le langage et les images pour agrandir l’horizon des possibles natatoires.
C’est tout pour ce récap ! Pour aller plus loin je t’invite à aller te plonger dans son univers et son dico – ce que je n’ai encore fait. Maintenant, place à la rencontre en bord de bassin !
🎙 « il n’y a pas de bonne ou de mauvaise posture »
La rencontre du jour ne s’écoute pas, elle se lit.
Pour la discussion du jour au bord du bassin, j’accueille Mathilde Mathieu, Workiné. Mathilde évolue dans Linkedin comme un poisson dans l’eau. Son dada ? Lutter contre la sédentarité. Et – au risque de te surprendre – même si je passe une grande partie de ma semaine à nager, je passe aussi beaucoup de temps les yeux devant un écran.
J’étais donc curieuse d’en échanger plus avec une pro du sujet pour savoir quels étaient les risques de ce rythme de vie à 3km/h2. Voici donc notre échange. Au menu : sédentarité, approche curative vs. préventive et mission Cléopâtre 👇🏾
PS : j’ai retranscrit les propos de Mathilde tels quels, d’où la non-utilisation de l’écriture inclusive.
Coucou Mathilde, whalecome par ici et merci encore d’avoir pris le temps de me rencontrer pour parler bien-être au travail !
Avant de plonger dans le sujet du jour, je te pose la traditionnelle question d’ouverture : Tu voulais faire quoi ou devenir qui quand tu étais jeune toi ?
Je voulais être véto mais je me suis rendue compte que je n’aimais pas les chats [rires]. C’est plutôt embêtant quand on veut devenir vétérinaire !
Ensuite j’ai fait ma première année de médecine et j’ai été reçue en kiné et en dentaire. Et dentaire… c’était pas possible. Moi j’adore parler aux gens et quand tu es dentiste, c’est difficile d’échanger avec tes patients.
J’en ai eu marre de recevoir des gens au cabinet pour qui il était trop tard – avec un dos en vrac ou autre. Alors je me suis mise à poster sur Linkedin pour passer en prévention.
C’est vrai que je t’ai découvert sur ce réseau. Je suis déjà Major Mouvement sur Insta mais j’ai trouvé ça vraiment cool de pouvoir avoir l’info directement sur un réseau où tout le monde est derrière un écran !
Et tu parles souvent du fait que tu as un rythme intense et que le métier de kiné est encore peu reconnu – comme toutes de professions de soin – donc je me demandais, qu’est-ce qui te fait kiffer dans ton taf ?
Les gens. Écouter leurs histoires de vie, les comprendre et voir ce que je pourrais faire pour les aider. L'échange humain, c’est clairement ce que je préfère dans mon travail.
On a la chance de voir nos patients sur plusieurs séances donc on peut très facilement nouer des liens et vraiment apprendre à les connaître. Dans le corps médical, on est très peu souvent écouté. Nous on a encore cette chance là.
Trop bien, merci ! Now let’s dive in.
En réfléchissant à l’entretien je me disais que ça faisait tout de même déjà plus de sept ans qu’on travaille derrière un bureau quand on plonge dans la vie active.
Ça m’a pas mal interrogé sur notre état corporel, d’où ma question : est-ce qu’on ressent déjà les effets de la sédentarité quand on entre en études sup / qu'on commence notre vie pro ?
Ça fait même plus ! On apprend à être dociles depuis qu’on est enfant à être assis sur des chaises, on ne bouge pas, donc oui.
On fantasme vachement le travail de bureau en se disant qu’il n’y a pas de risque à être en intérieur. Alors que la sédentarité est la 4ème cause de mortalité dans le monde quand même – avec les risques cardio-vasculaires, articulaires et autres risques pour la santé générale. Sans compter les troubles corporels et posturaux.
C’est marrant, je me souviens d’une personne passée sur le ploufcast qui avait dit « on nous dit que toutes les portes seront ouvertes mais en fait on parle juste des portes de bureau »
[rires] Après, attention. Faut aussi démystifier notre rapport à l’activité sportive.
C’est pas parce que tu cours pas une heure par jour que tout va bien aller. C’est le problème de la gratification à court terme et c’est super dur pour vendre la prévention parce que tu ressens pas encore de douleur. Et c’est pas quand tu as un lumbago de deux jours qui se résout tout seul que tu vas passer à l’action. Et quand on se réveille, c'est déjà trop tard.
Dis toi qu’après 30 ans, ta masse musculaire commence à décliner donc l’idéal serait de pratiquer une activité physique pour se maintenir.
Moi je suis une obsédée du bureau, j’adore analyser les conditions de travail des gens.
Je suis allée à la banque la semaine dernière, j’ai eu de la peine pour mon banquier. Je fais pareil quand je vais dans des magasins. L’autre jour j’ai vu les vendeuses du centre commercial où j’étais assises sur leur petites chaises, je me suis dit « Ha vous, ça se voit, vous avez pas d’ergonome qui est passé ! »
Les entreprises n’agissent pas, donc c’est aussi à nous de nous responsabiliser pour faire des petits gestes et progresser sur ces sujets.
En France on est habitués à une approche passive.
On cherche une solution miracle quand on va chez le médecin. On a déshabitué les gens à connaître leur corps et savoir comment faire. On table sur l’ignorance. Le but serait de revendre les gens actif·ves de leur santé et de mettre fin à la posture sachant·es - ignorant·es. C’est super difficile. Dans mon cabinet on a deux médecins qui militent aussi pour ça et ils refusent de prescrire des antibiotiques, des médicaments pour le rhume, etc.
C’est pour ça que je suis convaincue que la solution c’est d’apprendre à connaître son corps et son fonctionnement pour (ré)agir.
Ça me rassure parce que je suis assez frileuse sur le fait de me médicamenter quand j’ai un rhume (bad pun intended.). Mais après, ça va avec ce qu’on se disait sur la vie à 100 à l’heure. On accepte pas vraiment d’être au ralenti pendant 10 jours alors que c’est tout à fait normal.
Oui ! Et ça nous déconnecte de notre corps.
Je crois beaucoup plus au fait d’agir en amont, de réussir à intégrer des petits mouvements dans son quotidien.
En parlant de ça, tu me parlais de l’approche curative qu’on a en France, mais comment on passe en préventif ?
Déjà en parlant et en expliquant.
C’est un atout majeur de bien se connaître pour mieux savoir comment l'utiliser et mieux en prendre soin.
Et faut garder à l’esprit qu’on a jamais vraiment fini de le connaître ! Moi j’apprends encore au fil de mes lectures et de mes formations. En ce moment je me forme sur la respiration. C'est passionnant.
Le piège c’est de se dire qu’on ne peut pas prendre soin de soi tant qu’on a pas investi. Alors qu’il y a plein de manières d’intégrer le mouvement dans son quotidien.
Super intéressant ! Et est-ce que tu aurais quelques tips pour passer à l’action ?
Dans mes rêves je passerais ma vie à bosser sur mon canap’ mais j’ai cru comprendre que c’était pas trop recommandé ….
En soi, il n’y a pas de contre-indication ! Si tu changes trois fois de position et de lieu de travail dans ta journée – sur ton canapé, sur ta table de cuisine et sur ta table à repasser, debout – c’est un mini geste, mais c'est déjà bien. La table à repasser tu la déplies et tu la mets en hauteur et c'est bon.
Moi je me force tous les jours à faire du ballon avec mes patients, comme ça, je sais que je fais mon ballon. Mais on peut se dire aussi qu’à chaque fois que je vais chercher une tasse de thé je vais faire deux squats. C’est toujours ça de pris.
Autre exemple, j’ai des clients dans l’éducation nationale . Ils me disent qu’ils n’ont pas de formation ni le temps de faire les exercices. Alors je leur dis de faire ça avec les élèves, comme ça ils apprennent aussi – et ça fait d’une pierre deux coups !
Peu importe ce qu’on fait, le plus important c’est d’avoir une bonne habitude et de la tenir.
C’est aussi important de commencer doucement et sans frustration comme le but est de tenir sur le long terme.
D’ailleurs, maintenant on ne dit plus qu’il y a des bonnes ou des mauvaises postures. Il ne faut plus diaboliser le fait d’être enroulé.
Le tout, c’est de faire des mouvements inverses à la posture de bureau. La clef c’est qu’il faut varier et faire en sorte d'être quand même en flexion. Même si tu ne fais un mouvement que 30 secondes, c’est déjà énorme.
J’ai pas envie d’être dans l’injonction. On en a toujours, notre vie est pleine d’injonctions.
En parlant d’injonctions, qu’en est-il de cette fameuse recommandation de faire 10 000 pas par jour ?
On a choisit les 10 000 pas pour motiver les gens, mais c’est dur à tenir. Dis toi qu’à partir de 4 400 pas c’est déjà protecteur pour ta santé.
ET si tu fais 3 fois une minute d’accélération, ça diminue la mortalité de 40% ! Donc tu peux te mettre un chrono et faire ça quand tu te déplaces.
Ha ouaaaais. Mais pourquoi on nous le dit pas ! Ça me semble tellement plus accessible pour les gens qui se lancent de partir là-dessus.
Je me demande en t’écoutant, quel conseil tu aurais aimé qu’on te donne concernant la santé quand tu étais plus jeune ?
C’est compliqué de te répondre parce que j’avais 18-19 ans quand j’ai commencé mes études de kiné, donc j’ai toujours été sensibilisée au corps. Je connais mon fonctionnement et dès que je sens une gêne ou un début de douleur, je bouge.
En fait, mon corps se répare tout seul.
J’ai l’impression de parler du futur [rires] ! En tout cas c’est encourageant de se dire que prendre soin de son corps se ressent physiquement. Et est-ce que ce travail peut avoir un impact sur la santé mentale ?
C’est pas ma spécialité, mais oui c’est sûr que tout est lié.
Il y a plein de piliers à ta santé. Par exemple, si tu prends soin de ton corps mais que tu as un sommeil compliqué, c’est difficile. Pareil si tu prends pas soin de toi. C’est un tout.
C’est pas parce que tu prends soin de ton corps que tu vas bien aller mentalement et vice-versa.
Et du coup, quels sont les autres piliers ?
Tu as le sommeil, l’alimentation, le corps et la santé mentale. Après, c’est une question d’équilibre.
Ça me fait penser à l’ikigaï en orientation où tu as plein de critères différents qui participent à notre épanouissement au travail et c’est à nous de trouver la combinaison qui nous correspond. (Après ça évolue selon les périodes.)
Merci beaucoup pour ce passage dans La piscine, Mathilde et à bientôt au bord du bassin !
🛠 quelques ressources pour aller plus loin
👉🏾 Je suis en pleine lecture du rapport Inégalités, pouvoir d’achat, éco-anxiété : agir sans attendre pour une transition juste Rapport annuel sur l’état de la France en 2023 par la commission Économie et finances. C’est tout aussi passionnant que déprimant, je te prépare une synthèse pour une prochaine fois !
👉🏾 L’interview de Mikaela Loach sur Channel 4 News sur l’importance de lier les sujets sociaux et environnementaux.
👉🏾 L’hilarante newsletter CDLT qui passe au crible notre relation au travail – télétravail, désengagement, etc.
👉🏾 Seum contre tous de Maheva, la memeuse en cheffe d’Astrotruc qui parle santé mentale et dépression à cœur ouvert – un sujet de saison puisqu’on s’immerge dans l’automne.
Ça t’a plu ? Fais passer le mot !
👉🏾 Tu fais partie d’une structure éducative / entreprise et tu aimerais avancer sur les sujets liés à la DEI ? Swim par là pour découvrir mon offre.
👉🏾 Tu ressens le besoin d’être accompagné·e pour créer une marque forte et/ou une prise de parole engagée ? Rencontrons-nous.
👉🏾 Cette édition a résonné avec ton expérience de nageur·se ? Envoie moi un email pour témoigner.
À très vite pour un nouveau plongeon 🐋
Apolline
Tu peux aussi me retrouver sur insta : https://www.instagram.com/lapiscine_media/
Enfin, je ne cuisine pas mais c’est comme ça que j’imagine les choses.
C’est la vitesse moyenne d’un·e nageur·se, une fast life comme une autre somme toute 🤷🏾♀️




