Être bourré·e de talents, ça veut dire quoi ?
La piscine x Awayke - Le Sens au carré #1
Avec cette édition réalisée en collaboration avec Awayke, je te propose de plonger dans la notion de talent. Qu’est-ce ? Qui peut se prétendre talentueux·se ? Et comment identifier ses forces ?
La Ploufletter est un espace où l'on parle orientation et quête de sens sur fond de sociologie et mauvais jeux de mots. Athlète confirmé·e ou newbie en brassards, bienvenue 🎣
Tu verras, ici on évoque beaucoup le monde de la natation pour faire référence au fait de se lancer « dans le grand bain » à l’âge adulte. La piscine, c’est le monde – du travail le plus souvent. Le couloir de nage, c’est la voie que l’on choisit. Les différentes techniques de nages, les paliers que l’on passe. Enfin, les nageur·ses sur la planche ou dans le bassin, ce sont les personnes qui, comme toi et moi, sont en quête de sens. Si besoin, tu peux consulter ce lexique natatoire !
Tu peux aussi
Découvrir le programme introspectif La culbute pour apprendre à te connaître et tracer ta voie,
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Sur ce, bonne séance 🐋
🐟 Avant le plongeon
Coucou toi ! On espère que tout va bien pour toi et que les punaises de lit restent à distance de ton sac de piscine. Ici tout flotte, je suis ravie de te retrouver pour la première édition d’une collaboration avec Awayke, une entreprise dont le but est de d’aider les étudiant·es1 à trouver leu voie et libérer leur potentiel en intervenant en école.
Cette série s’appelle Le sens au carré. On y plonge ensemble dans des thématiques précises autour de la quête de sens pour nourrir tes réflexions.
Et aujourd’hui, on te parle talent.
Fasten your bouée, we’re about to take off🏊🏾♀️
🐠 parmi les pros, les fraudes - histoire de (non) talent.
L’anecdote culinaire que je m’apprête à te raconter se déroule le 26 février 2020 à Paris. À l’époque, les Français·es associent le pangolin à un animal plutôt mignon et le covid à une préoccupation extra-européenne.
De mon côté, je viens de commencer mon premier stage de fin d’études à Paris, rue Biscornet, où je coordonne un programme d’accompagnement de jeunes projets. L’équipe de bénévoles qui m’entoure est super cool, les sessions de debrief fluides, tout comme le suivi des entrepreneur·ses.
Suite à un souci d’agenda, une amie m’envoie assister à sa place à un atelier de pâtisserie organisé avec Nicolas Paciello – encore chef pâtissier du Fouquet’s – dans les locaux de Confiture Parisienne , à deux pas de mon lieu de stage.
Pour éviter de réaliser cette plongée en eaux inconnues solo, j’invite une pote à me rejoindre. Une fois sur place, on prend conscience que si les compétences des autres invité·es sont dignes Du meilleur pâtissier·e, les nôtres s’apparentent plus à Cauchemar en cuisine.
On a beau respecter les étapes de la recette à la lettre, tout part en vrille. La pâte du cake noisette déborde, la crème pâtissière n’a pas la bonne consistance et je suis sûre que si nous avions dû faire le praliné, on l’aurait aussi raté.
Pour les autres, tout roule – vite et bien.
Au début, Nicolas sourit devant nos efforts pour cacher la misère. À la fin, chaque coup d’œil sur nos têtes mortifiées lui arrache un fou rire 👀 À 19h30, heure du départ, nos boîtes d’apprenties pâtissières sont malgré tout remplies de gâteaux – « empruntés » chez nos camarades.
Je tire deux leçons de cette expérience : si je m’en sors plutôt bien en facilitation ; la cuisine, en revanche, c’est vraiment pas mon domaine.
Depuis, je m’interroge sur la notion de talent. Qui est talenteux·se ? De quelle manière ? Le sommes nous tous·tes ? Est-ce une question de compétence ? Et pourquoi parle t-on de « jeune talent » en entreprise, y a t-il une date de péremption ?
C’est en parlant avec Lucie Mourer d’Awayke que j’ai pu trouver des réponses à mes questions. Je te partage dans cette édition quelques unes de mes réflexions post-échange. En attendant, rdv sur le Ploufcast 🏊🏾♀️ pour nous écouter ou ici pour un résumé en vidéo.
→ Au programme du jour 👇🏾
Qu’est-ce que le talent ?
Tous·tes talentueux·ses ?
Quelques tips pour identifier ton talent.
Je te laisse, see you en fin d’édition.
Apolline 🐋
🦑 le talent, késako ?
Dans la Grèce Antique, le talent était un étalon de valeur pour peser la monnaie. C’est dans l’Évangile que la sémantique change pour adopter la définition que nous lui connaissons comme d’un set de qualités ou de dons particuliers relatifs que possède une personne.
Puis, en 1789, le talent est inscrit en lettres d’or sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen pour marquer la fin d’une société de privilèges – et se concentrer sur le potentiel individuel.
Et si l’on utilise surtout le terme de talent dans l’art, celui-ci s’immisce aussi dans d’autres domaines, comme les ressources humaines dont on parle aujourd’hui.
Pour amorcer l’échange, j’ai demandé à Lucie sa définition de talent. Pour elle, le talent se mesure d’abord à l’échelle personnelle.
« Un talent, c'est quelque chose que tu peux faire sans perdre de l'énergie. Quelque chose que tu fais avec facilité. Et où tu peux même être reconnu par les gens autour de toi comme quelque chose que tu fais bien » Lucie pour Le sens au carré
Si je devais te faire une comparaison minière, je te dirais que le talent est une forme de diamant brut. C’est le processus de taille et de polissage de la pierre qui lui donne la beauté et la valeur marchande qu’on lui connaît ensuite.
Ramené à nos moutons marins, le talent serait l’appétence première que tu vas nourrir sous forme de curiosité ou d’envie particulière pour découvrir un environnement, un domaine, etc. C’est en travaillant sur ce talent – avec des formations et une pratique régulière – que celui-ci devient une compétence que tu peux choisir d’utiliser ou non dans le domaine professionnel.
« La compétence c'est se dire que tu vas apporter du travail autour, une certaine forme de rigueur. C'est tout le bagage... culturel, social, d'exercices que tu vas apporter à ce talent qui va le développer en compétence » Lucie pour Le sens au carré
Dans ce cas, le talent est sublimé par la compétence – et vice-versa.
Mais pas besoin de cultiver une appétence donnée pour un domaine pour développer un socle solide de compétences. La manière dont est pensé le système scolaire en est un parfait exemple.
💡 D’ailleurs, fun fact, selon l’OCDE une compétence technique a une durée de vie moyenne entre 12 et 18 mois. C’est notamment pour ça qu’on se concentre de plus en plus sur les compétences comportementales lors de certains recrutement. C’est aussi l’occasion parfaite de se rappeler qu’il n’est donc jamais trop tard pour se lancer à l’eau et explorer de nouveaux domaines !
🐡 l’école du talent - dans quel domaine t’épanouis-tu ?
Prendre confiance par le diplôme
En préparant l’échange avec Lucie, je me suis rendue compte que je liais d’emblée le talent au système scolaire où les notes jouent un rôle prépondérant dans la définition de notre valeur personnelle. Comme si nous ne pouvions être talentueux·ses que dans certains domaines et que tous les talents étaient évaluables.
En enregistrant, Lucie a évoqué la même approche. Pour elle, la confiance en ses différents talents est venue avec le temps – pour la musique – mais aussi par la reconnaissance institutionnelle symbolisée par les diplômes.
« Mon diplôme d'ingénieur me permet de dire : j'ai un talent pour utiliser des données, pour faire une architecture d'un projet informatique. J'ai un talent là-dedans, parce qu'en plus j'ai un diplôme qui le dit.
En fait je l'ai déjà dans ma tête, mais là c'est incontestable, puisqu'en plus j'ai un papier qui le valide. » Lucie pour Le sens au carré
Mais si l’on part de ce postulat (talent = diplôme), penser la notion de talent peut vite se draper d’élitisme, à l’image des entreprises qualifiant de « jeune talent » les nageur·ses issu·e d’un cursus a priori prestigieux, laissant de côté d’autres profils n’ayant peut-être pas eu les moyens socio-financiers de s’engager dans la même ligne de nage.
Et dans ce cas, comment valider le talent de Frida Khalo – peintresse de génie autodidacte ? Ou bien celui de Misty Copeland – ballerine américaine découverte « sur le tard » ?
We don’t.
Il est donc impératif d’arriver à dissocier talent et études.
🏊🏾♀️ Si le sujet t’intéresse tu peux aller (re)lire la Ploufletter sur la question du mérite ainsi que celle sur la notation où l’on s’interroge sur la construction de notre valeur personnelle.
Te sens-tu safe ?
Cette approche très scolaire que nous avions du talent me fait également fait questionner le rapport à l’environnement dans lequel celui-ci se développe.
Car l’école a d’abord comme objectif de nous faire entrer dans des cases avant de cultiver nos spécificités ; et si le potentiel de « polissage » de nos talents repose sur les personnes dont on s’entoure, le plus dur reste à les identifier et s’en rapprocher.
Je te propose donc un exercice rapide avant de retourner au bassin pour identifier ton bassin idéal 👇🏾
→ Dans quel type d’environnement ou écosystème tu te sens le/la plus safe pour t’exprimer de manière authentique et explorer les curiosités dont on parle ? Avec quel type de personnes ? Quelle ambiance ? Quel mode de collaboration ?
→ Est-ce qu’il ressemble à celui dans lequel tu évolues aujourd’hui ?
Si oui, top !
Si non, comment pourrais-tu essayer de le modifier pour qu’il se rapproche de ton environnement idéal ? Et si ce n'est pas possible : vers qui pourrais-tu te tourner pour te recréer une safe place ?
Combien de talents as-tu ?
Mon autre réserve sur le fait de lier le talent à un aspect scolaire touche à la spécialisation. Car, plus l’on avance dans notre parcours de nage, plus on nous encourage à nous spécialiser – dans une matière ou un domaine natatoire. Se cantonner à cette approche, c’est faire abstraction de la multitude des curiosités que l’on peut développer ainsi que des domaines où celles-ci peuvent s’exprimer… hors école.
Et favoriser la spécialisation, c’est omettre la diversité motrice d’innovation que nous évoquions dans la dernière édition.
C’est cette même polyvalence que défent l’approche multipotentialiste.
« Le terme multipotentiel·le est relativement jeune. Il apparaît pour la première fois dans livre Recognizing and assisting multipotential youth de Ronald H. Frederickson et John Watson Murray Rothney publié en 1972.
« Selon eux, une personne multipotentielle est quelqu'un qui « lorsqu'il est dans un milieu approprié, permet de sélectionner et de développer un certain nombre de compétences à un niveau élevé.» » Wikipédia
Depuis, la définition a beaucoup évoluée. Celle la plus récente vient d’Emily Wapnick qui l’a remise au goût du jour dans son TEDx intitulé « Pourquoi certain·es d’entre nous n’ont pas de vocation ». Il désigne toute personne dont les intérêts et domaines d’expertise sont multiples, ce qui se reflète généralement dans la trajectoire de nage.
« Un·e multipotentialiste est quelqu'un avec de nombreux intérêts et objectifs créatifs. C'est un peu dur à dire. Ça aidera peut-être si vous le séparez en trois morceaux : multi, potentiel et iste. Vous pouvez utilisez un autre terme qui connote la même idée, comme polymathe dans la Renaissance où l'idéal était d'être bien instruit dans de multiples disciplines. » Emily Wapnick, TED. »
Pour certain·es expertes comme Sonia Valente ou Isis Latorre, nous sommes tous·tes multipotentiel·les ou talentueux·ses, le plus dur étant encore une fois d’arriver à s’émanciper du cadre scolaire qui tend à lisser nos différences.
Alors peut-être devrions-nous nous demander « Si je devrais faire abstraction des diplômes ou des notes, quelle curiosité, quelle aptitude ou quel intérêt pourrais-je qualifier de talent ? »
(Ce passage était extrait de la Ploufletter sur le multipotentialisme que tu peux lire 🏊🏾♀️ ici ainsi que l’épisode du Ploufcast associé.)
👀 so what ?
Qu’il soit rémunérateur ou non, j’ai beaucoup aimé l’approche personnalisée que proposait Lucie en début d’épisode : « Un talent, c'est quelque chose que tu peux faire sans perdre de l'énergie. Quelque chose que tu fais avec facilité ».
Je trouve cela d'autant plus important de regarder (aussi) du côté de nos facilités dans un monde où l’on valorise le mérite par l’effort intense ou la difficulté insurmontable. Car passé l’effort, si tu n’as pas d’appétence première pour le domaine dans lequel tu t’engages, où sera le kif ?
Alors je clôturerais simplement avec ces mots : et toi, que fais-tu avec facilité ?
« j’ai appris à prendre confiance dans mon talent » lucie
La rencontre au bord du bassin ne se lit pas, elle s’écoute ! Si tu veux nous entendre, voici le lien vers l’épisode du Ploufcast « Le sens au carré » sur le sujet 👇🏾
🐚 la piscine a un incroyable talent - le kit pour définir tes appétences
Une fois que l’on a dit tout ça, tu te demande peut-être comment faire pour identifier tes talents ? Voici trois exercices pour t’aider dans ta réflexion.
Prends un carnet, un crayon – ton téléphone fait aussi très bien l’affaire – et let’s plouf 🏊🏾♀️
1️⃣ Est-ce que j'ai aimé ?
Tu peux réaliser cet exercice dans ta vie pro ou perso. L’objectif est de faire le point après une activité ou un projet pour identifier quels sont les éléments qui t’ont porté – ou non.
« Est-ce que j'ai aimé? Et pourquoi j'ai aimé? Est-ce que c'était parce que moi j'ai fait quelque chose que j'ai aimé? Ou est-ce que c'est parce qu'il y a des gens autour qui ont fait quelque chose que j'ai aimé? » Lucie pour Le sens au carré
Côté professionnel, cela peut donner lieu à des questions spécifiques relatives à ton environnement de travail comme « Comment on a fait ce projet ? Qu'est-ce que tu en as pensé ? Et qu'est-ce que tu as aimé faire pendant ce projet ? Comment s’est passée la collaboration avec les autres nageur·ses ? Est-ce que cette organisation m’a portée ou aimerais-je revoir quelques points pour les prochaines fois ? » Lucie pour Le sens au carré
Et comme on te voit venir : de fait, il est difficile de passer sa vie en bord de bassin à analyser son mode de fonctionnement. Mais si tu prends l’habitude de te poser régulièrement ces questions, tu vas pouvoir identifier des récurrences et assembler les pièces introspectives au fur et à mesure.
2️⃣ Crée ton portrait natatoire.
Cet exercice est à réaliser dans la continuité du premier si tu veux plonger plus loin dans l’introspection. Je te propose quelques questions qui peuvent t’aider à identifier quelles sont tes appétences naturelles👇🏾
→ Qu’est-ce que je voulais faire lorsque j’étais plus jeune ? Peut-être découvriras-tu des curiosités ou activités que tu as laissé de côté en grandissant.
→ Qu’est-ce que je fais avec facilité ? (Ou à l’inverse, quelles compétences sont difficiles à développer pour moi ?)
→ Quelles sont les activités vers lesquelles je me tourne naturellement lorsque j’ai du temps libre ?
Si t’es plutôt team bassin à moitié vide, tu peux toujours aborder les choses par la négative et te demander : Quelles sont les activités que je n’aime pas du tout réaliser ou que je procrastine ?
→ Quelles sont les choses sur lesquelles suis-je incollable ? (Guilty pleasures allowed et recommandés)
Perso j'adore cette question. Je trouve qu’elle permet de sortir des lignes de nages les plus arpentées pour se concentrer sur les choses qui t’intriguent au quotidien.
3️⃣ Partir à la nage en quête de retours terrain.
Cette dernière salve de questions est orientée « retours terrain ». Je te laisse réfléchir 👇🏾
→ Quels sont les sujets sur lesquels mes ami·es viennent me solliciter ?
→ Quelles sont les productions, tâches réalisées, manières de faire, etc. pour lesquelles on me complimente ?
→ Teste des trucs. Tu es peut-être à une brasse de découvrir que tu es un·e crack en natation !
→ Et on est d’accord : c’est souvent difficile de prendre un pas de recul pour analyser sa technique de nage. Si tu sèches, tu peux aussi aller poser la question de tes talents à ton entourage personnel et/ou professionnel. À toi d’identifier les récurrences ensuite.)
👋🏾 Si tu as besoin d’être guidé·e dans ton introspection, tu peux aller découvrir le programme d’exploration by La piscine. Tu apprendras à mieux te connaître pour créer un parcours de nage à ton image.
🛠 quelques ressources pour aller plus loin
👉🏾 Pourquoi certain·es d’entre nous n’ont pas de vocation, Emily Wapnick qui nous parle multipotentialité
👉🏾 Cet article sur le multipotentialisme d’Isis des Nouveaux Travailleurs
👉🏾 La série Qu’est-ce que le talent ? par Radio France – je ne l’ai pas écoutée en entier mais même en fractionné cela vaut le coup.
Ça t’a plu ? Fais passer le mot !
👉🏾 Cette édition a résonné avec ton expérience de nageur·se ? Envoie moi un email si tu souhaites témoigner.
👉🏾 Tu fais partie d’une structure éducative / entreprise et les sujets liés à la quête de sens et l’inclusion animent vos équipes ? Envoie moi un email pour créer un format ensemble comme avec Awayke.
À très vite pour un nouveau plongeon,
Apolline 🐋
En attendant la prochaine édition, tu peux retrouver La piscine sur Instagram ou Linkedin
Les moins jeunes sont accepté·es aussi ici, on ne laisse personne sur le bord du bassin




